L’Europe est à la fois la première destination touristique mondiale et l’un des principaux bassins émetteurs de voyageurs. Dans ce contexte, le tourisme ne se déploie jamais dans des espaces neutres : il s’inscrit dans des territoires habités, façonnés par des communautés locales qui sont tout à la fois résidentes, accueillantes et parties prenantes de l’évolution de leurs destinations.
C’est autour de cette idée que s’est tenue la table ronde « Habiter la destination : participation citoyenne, culture vivante et tourisme communautaire en Europe », animée par Coralie Marti, vice-présidente de l’Organisation Internationale du Tourisme Social (ISTO) et coordinatrice du groupe de travail international d’ISTO consacré au tourisme communautaire et équitable.
La table ronde a été introduite par une intervention de Marine Loisy, anthropologue et enseignante-chercheuse en sociologie au Conservatoire national des arts et métiers. Ses travaux portent notamment sur les liens entre tourisme, métiers de l’accueil, attractivité territoriale et processus de patrimonialisation. À partir de recherches menées en France et en Indonésie, elle analyse la manière dont les politiques publiques et les pratiques touristiques transforment les territoires et les relations entre visiteurs et habitants.
Son intervention a notamment permis de mettre en perspective les différentes manières dont les populations locales appréhendent le tourisme. Alors que certaines grandes destinations européennes connaissent des mobilisations citoyennes dénonçant les effets du surtourisme, comme à Venise ou Barcelone, Paris présente un paysage différent, marqué notamment par l’absence de mouvement structuré de rejet du tourisme. D’autres formes d’implication habitante existent néanmoins, notamment à travers des initiatives favorisant la rencontre entre visiteurs et habitants. Cette introduction a permis de poser les bases d’un échange consacré non seulement aux tensions liées au développement touristique, mais aussi aux nombreuses initiatives citoyennes qui cherchent à réinventer les façons d’accueillir et de découvrir les territoires.
La discussion a ensuite réuni trois acteurs engagés dans des démarches de tourisme communautaire et de participation citoyenne dans différents contextes européens :
Daniela Campora, vice-présidente de l’association Associazione Italiana Turismo Responsabile (AITR) et membre du comité de coordination européen d’ISTO. Elle est également présidente de Il Volo della Rondine Natural Holidays, un opérateur touristique engagé dans le développement d’un tourisme responsable dans le parc national du Cilento.
Chloé Gautier, directrice de cette auberge internationale Le Spot, cofondatrice du mouvement des Greeters à Nantes et membre du conseil d’administration de Les Hérons, une communauté d’hospitalité participative qui développe des formes d’engagement citoyen autour de la découverte du territoire.
Aethnic, représentée par Jesús Martín, cofondateur et codirecteur de cette organisation engagée depuis plus de vingt ans dans le tourisme durable et l’innovation sociale en Catalogne.
À travers ces différentes expériences, les échanges ont permis d’explorer plusieurs dimensions essentielles du tourisme communautaire : la manière de créer des relations plus équilibrées entre visiteurs et habitants, la valorisation des cultures vivantes et les conditions nécessaires pour que les communautés puissent réellement participer à la construction des modèles touristiques.
Les discussions ont également interrogé les évolutions actuelles du secteur touristique. Dans de nombreux territoires européens, les enjeux liés au surtourisme, à la pression immobilière ou à la transformation des modes de vie invitent à dépasser une approche limitée à la seule question de « l’acceptabilité » du tourisme.
Les initiatives présentées montrent qu’il existe d’autres voies : des projets portés par des associations, des coopératives, des acteurs de l’économie sociale et solidaire ou des collectifs citoyens qui considèrent les habitants non comme de simples bénéficiaires du tourisme, mais comme des acteurs capables de contribuer à son orientation.
Cette table ronde illustre l’engagement d’ISTO pour un tourisme qui conjugue accessibilité, justice sociale et développement durable. À travers ses travaux sur la durabilité sociale du tourisme, l’organisation internationale défend l’idée que les habitants doivent être pleinement considérés dans les politiques et stratégies touristiques.
Cette table-ronde a permis de faire émerger un dialogue entre différentes expériences et de rappeler une conviction centrale : une destination touristique n’est pas seulement un lieu à visiter, c’est avant tout un lieu où des personnes vivent, créent, transmettent et construisent des relations avec les visiteurs.