La Déclaration de Montréal : 30 ans d’une vision humaniste du tourisme
30 Sep 2026

La Déclaration de Montréal : 30 ans d'une vision humaniste du tourisme.

En 2026, l'Organisation internationale du tourisme social (ISTO) célèbre les 30 ans de la Déclaration de Montréal, l'un des textes fondateurs du tourisme social et solidaire.

Deux événements marqueront cet anniversaire : une célébration organisée les 29 et 30 octobre 2026 à Montréal par ISTO Amériques en partenariat avec l'Université du Québec à Montréal (UQAM), puis une seconde célébration les 26 et 27 novembre 2026 à Bologne, organisée par ISTO Europe avec l'AITR dans le cadre d'AITR Incontra. L'occasion de revenir en détail sur ce texte, son origine, son contenu et son évolution.

Pourquoi la Déclaration a-t-elle été signée ?

La Déclaration de Montréal a été adoptée en 1996 par ISTO (à l'époque encore appelée BITS, Bureau international du tourisme social). Elle s'inscrit dans une filiation directe avec deux textes antérieurs : la Charte de Vienne de 1972, qui avait déjà posé les dimensions sociales, culturelles, politiques et économiques du tourisme comme un enjeu fondamental de l'époque, et la Déclaration de Manille de l'Organisation mondiale du tourisme, qui avait confirmé solennellement les objectifs du tourisme social.

Le texte est né d'un questionnement de fond, formulé dès son préambule : que signifie le tourisme social à l'aube du troisième millénaire ? Comment les acteurs de ce secteur se perçoivent-ils, et quelles sont leurs ambitions face à un monde en pleine mutation ?

La Déclaration dresse un constat contrasté de ce monde des années 1990 : des pays riches touchés par des ralentissements de croissance laissant des populations en difficulté, des inégalités sociales persistantes, des blocs économiques qui s'organisent selon leur propre logique libérale, des pays émergents qui s'ouvrent au tourisme intérieur, mais aussi des continents entiers maintenus dans une pauvreté extrême. Dans ce contexte, le tourisme connaît une croissance spectaculaire : ouverture des frontières, diversification des destinations, essor des voyages d'affaires et de loisirs...sans que cette croissance profite à tous, certains pays connaissant même des formes d'exploitation des populations locales, la Déclaration citant explicitement la prostitution des enfants comme dérive inacceptable à combattre.

C'est ce décalage entre l'essor du tourisme mondial et la persistance des inégalités d'accès aux loisirs que la Déclaration entend corriger, en s'appuyant sur un principe fondateur : l'article 24 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, qui affirme le droit de tout être humain au repos, aux loisirs et aux congés payés. Un droit que le texte de la Déclaration de Montréal juge loin d'être universellement acquis lors de sa signature en 1996.

Quel était l'objectif de la Déclaration de Montréal ?

Le texte a une double fonction : c'est à la fois un manifeste de valeurs, et un outil d'identification. Il sert de cadre de référence international pour tous les acteurs qui se revendiquent du tourisme social (associations, coopératives, mutuelles, fondations, fédérations ou organisations à but non lucratif) en leur donnant des critères concrets pour distinguer leur démarche d'un tourisme guidé par la seule recherche de profit maximal.

Trente ans plus tard, la Déclaration continue de structurer l'action d'ISTO et de son réseau international : elle sert de socle aux prises de position de l'organisation, à ses addenda successifs, et aux événements organisés pour son anniversaire, conçus comme des temps de réflexion sur l'évolution du tourisme social et sur les défis à venir pour un tourisme plus responsable et socialement durable.

Des éléments clés, pour un texte fondateur

La Déclaration s'articule en trois grandes parties.

Le tourisme social comme réponse à l'exclusion

Les premiers articles de la Déclaration de Montréal posent le tourisme social comme une ambition de lutte contre les inégalités : rendre les loisirs touristiques accessibles à tous, notamment aux familles, aux jeunes, aux personnes âgées, aux personnes en situation de handicap, aux personnes à ressources limitées ou vivant dans des pays en développement. Le texte insiste sur le fait que des initiatives modestes, intégrées dans une stratégie globale, peuvent être aussi efficaces que de grands projets pour « faire société ».

Le tourisme social, moteur économique et social

Le texte présente le tourisme social comme un puissant vecteur de cohésion sociale : par la rencontre, la découverte de cultures, les activités partagées. Mais il agit aussi comme un moteur économique à part entière, s'appuyant sur l'économie sociale et solidaire pour générer des flux de personnes et d'investissements bénéficiant aux régions et redistribuant des ressources des pays favorisés vers les moins dotés. Il pose également le tourisme social comme un acteur de l'aménagement du territoire et du développement local, capable de concilier développement touristique et protection de l'environnement, une exigence de « développement durable et soutenu » que le texte revendique avoir anticipée avant même sa formalisation par les organisations internationales.

Les critères d'identification du tourisme social

La dernière partie, sans doute la plus opérationnelle, fixe les critères permettant à une structure de se revendiquer du tourisme social :

  • poursuite d'un objectif d'intérêt général plutôt que du seul profit,
  • absence de discrimination dans le ciblage des publics,
  • création d'une valeur non économique,
  • volonté d'intégration respectueuse dans le milieu local,
  • transparence des prix compatibles avec les objectifs sociaux,
  • réinvestissement des excédents dans l'amélioration des prestations,
  • et gestion du personnel respectueuse du droit social.

Le texte précise que c'est l'action menée, et non le statut juridique, qui légitime l'appartenance au mouvement du tourisme social.

L'évolution du texte : deux addenda majeurs

La Déclaration de Montréal n'est pas restée figée : elle a été complétée par deux addenda qui l'actualisent sans la remplacer.

L'Addendum d'Aubagne (2006), adopté lors de l'assemblée générale d'ISTO, vient préciser et renforcer plusieurs articles dix ans après l'adoption du texte original. Il rappelle le rôle des syndicats indépendants dans la défense du droit aux congés payés, étend l'exigence d'épanouissement personnel aux populations d'accueil autant qu'aux visiteurs, insiste sur l'accès des populations locales à leurs propres ressources touristiques, appelle à faciliter la libre circulation des personnes (notamment via les visas touristiques). Cet addendum intègre également plus explicitement les ONG, le commerce équitable et le microcrédit parmi les partenaires du tourisme social. Il conclut sur l'idée que le tourisme, malgré les défis sécuritaires de l'époque comme le terrorisme ou les catastrophes naturelles, doit rester un levier de rapprochement entre les peuples et de dialogue entre les cultures.

L'Addendum de Bruxelles (2023), publié à l'occasion des 60 ans d'existence de l'organisation, marque un tournant conceptuel plus net : il pose la durabilité sociale du tourisme comme le pilier central du développement durable, celui qui active les deux autres piliers (économique et environnemental). Le texte propose une définition précise de cette durabilité sociale et, surtout, des critères d'évaluation détaillés pour cinq catégories de parties prenantes : les populations résidentes, les travailleurs du tourisme, les visiteurs, le secteur opérationnel (entreprises et organismes touristiques) et les pouvoirs publics.

Pour chacune, l'addendum détaille des indicateurs concrets :

  • conditions de travail,
  • gentrification,
  • accès à l'eau et aux ressources,
  • politiques d'achats locaux,
  • budgets publics dédiés aux vacances pour tous,
  • gestion des flux touristiques, etc.

ISTO y prend également quatre engagements : faire vivre un espace de réflexion sur la durabilité sociale, produire des données et indicateurs, encourager ses membres à la mise en œuvre concrète, et promouvoir ces critères auprès des pouvoirs publics à tous les échelons.

Trente ans après, une pertinence toujours affirmée

L'événement de Montréal, organisé avec l'Université du Québec à Montréal (UQAM), doit permettre de réunir le réseau international d'ISTO pour un temps de réflexion sur l'héritage de la Déclaration, l'évolution du tourisme social au cours des trente dernières années et les enjeux à venir, avec des études de cas, des partages de bonnes pratiques et des visites techniques auprès du réseau québécois.
La célébration se poursuivra en Italie fin novembre, avec un temps de travail à l'université de Bologne puis des échanges lors d'AITR Incontra, pour prolonger la réflexion amorcée à Montréal et renforcer le dialogue entre acteurs italiens, européens et internationaux du tourisme responsable. ISTO présente ces deux rendez-vous comme le moyen de réaffirmer, trente ans après l'adoption du texte, la pertinence durable de ses principes pour construire un secteur touristique plus responsable, inclusif et durable.

De la lutte contre l'exclusion aux critères précis de durabilité sociale, la trajectoire de la Déclaration de Montréal illustre bien la manière dont un texte fondateur peut rester vivant : en s'enrichissant, sans se renier, au fil des mutations du secteur touristique et des enjeux de société.

Rejoignez-nous !

À l’occasion de cet anniversaire majeur, ISTO organisera les 29 et 30 octobre 2026 à Montréal, Canada, la célébration du 30ᵉ anniversaire de la Déclaration de Montréal. Les célébrations se poursuivront en novembre 2026 en Bologne, Italie, où ISTO Europe, en partenariat avec AITR, organisera la célébration européenne du 30e anniversaire de la Déclaration de Montréal « Vers une vision humaniste et sociale du tourisme », dans le cadre de AITR Incontra - 5e édition.

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