Écotourisme et tourisme communautaire : pourquoi la protection de la nature ne peut plus être pensée sans les communautés locales
23 Sep 2026

Écotourisme et tourisme communautaire : pourquoi la protection de la nature ne peut plus être pensée sans les communautés locales.

Lors de sa session en ligne du 13 janvier, le groupe de travail « Tourisme communautaire et équitable » de l'Organisation Internationale du Tourisme Social (ISTO), animé par Coralie Marti, de l’Association pour le Tourisme Equitable et Solidaire (ATES), a réuni 38 participants issus de nombreux pays pour débattre d'une question centrale : quelles sont les complémentarités, mais aussi les différences, entre écotourisme et tourisme communautaire ?

À travers la présentation d'Eric Raulet, de l'association Defismed, et les témoignages venus d'Europe, d'Amérique latine et d'ailleurs, les échanges ont montré qu'un écotourisme véritablement durable ne peut se limiter à la protection des espaces naturels. Il doit également reconnaître les droits, les savoir-faire et le rôle des populations qui vivent sur ces territoires.

Écotourisme et tourisme communautaire : deux approches souvent rapprochées, mais encore mal comprises

Depuis plusieurs décennies, l'écotourisme s'est imposé comme une alternative au tourisme conventionnel. Il est généralement présenté comme une forme de voyage responsable visant à préserver les milieux naturels, sensibiliser les visiteurs aux enjeux environnementaux et limiter les impacts du tourisme sur les écosystèmes.

Le tourisme communautaire poursuit lui aussi une ambition de durabilité, mais en empruntant un autre chemin. Il place les communautés locales au cœur du développement touristique : ce sont elles qui conçoivent les activités, accueillent les visiteurs, gèrent les revenus générés et décident des orientations de leur territoire.

Les deux approches partagent donc de nombreuses valeurs. Pourtant, les échanges du groupe de travail d'ISTO ont montré qu'elles sont encore trop souvent présentées comme deux modèles distincts, voire concurrents. Cette opposition masque une réalité plus complexe : dans de nombreux territoires, elles se renforcent mutuellement.

Une définition de l'écotourisme qui continue d'évoluer

La présentation de l'association Defismed a permis de rappeler que l'écotourisme demeure aujourd'hui une notion aux contours parfois flous. Si chacun s'accorde sur l'importance de préserver la biodiversité, les critères permettant de qualifier une initiative d'« écotouristique » restent variables selon les pays, les institutions et les acteurs.

Cette absence de définition partagée favorise également certaines formes de récupération marketing. Le terme « écotourisme » est parfois utilisé pour qualifier des offres qui se limitent à proposer un séjour en milieu naturel, sans véritable engagement en faveur de la protection de l'environnement ni bénéfice réel pour les populations locales.

Les participants ont souligné que cette ambiguïté alimente le greenwashing et complique la visibilité des initiatives les plus exigeantes. À l'inverse, de nombreux petits acteurs engagés dans des pratiques exemplaires restent largement méconnus, faute de moyens de communication ou d'accès aux marchés touristiques.

Remettre les communautés au cœur de l'écotourisme

L'un des principaux enseignements de cette rencontre est sans doute que

l'écotourisme ne peut être réduit à sa seule dimension environnementale.

Dans plusieurs régions du monde, certaines politiques de conservation ont historiquement privilégié la protection des espaces naturels sans toujours associer les populations qui y vivent. Dans certains contextes, la création d'aires protégées ou de parcs nationaux s'est même accompagnée de restrictions d'accès aux ressources, voire du déplacement de communautés locales.

Les échanges organisés par ISTO invitent à dépasser cette vision.

Protéger les écosystèmes est indispensable. Mais cette protection doit s'appuyer sur les habitants eux-mêmes, leurs connaissances des territoires, leurs pratiques traditionnelles et leur capacité à gérer collectivement les ressources naturelles.

Autrement dit, la préservation de la biodiversité et la justice sociale ne constituent pas deux objectifs distincts : elles se renforcent mutuellement.

Cette approche rejoint pleinement les valeurs défendues par ISTO, qui défend un tourisme socialement durable, qui ne peut être pensé indépendamment des droits des populations locales, de leur participation aux décisions et d'un partage équitable des bénéfices économiques.

Des expériences internationales qui montrent la complémentarité des deux approches

La richesse de cette session résidait également dans la diversité des témoignages apportés par les membres du réseau.

Des participants d'Équateur ont souligné combien l'absence de définition claire de l'écotourisme favorise la confusion entre tourisme de nature et véritable tourisme écologique. Plusieurs initiatives utilisent ainsi le vocabulaire de l'écotourisme sans modifier leurs pratiques.

À l'inverse, les échanges ont montré que les projets de tourisme communautaire développés dans plusieurs territoires d'Amérique latine associent étroitement préservation des patrimoines naturels, valorisation des cultures locales et création d'activités économiques alternatives. En Amazonie, par exemple, le tourisme constitue un levier permettant de renforcer les capacités des communautés confrontées aux pressions liées aux industries extractives ou à l'expansion agricole.

Des participants de Bolivie ont rappelé que la finalité dépasse largement l'accueil de visiteurs. Il s'agit aussi de transmettre une vision du territoire, de partager une relation particulière à la biodiversité et de renforcer les formes de gouvernance collective héritées des peuples autochtones.

D'autres contributions ont mis en évidence des initiatives portées par des coopératives en Italie ou encore des réseaux d'hébergement communautaire au Népal. Malgré des contextes très différents, une constante apparaît : les projets les plus résilients sont ceux où les communautés demeurent décisionnaires de leur développement touristique.

Rendre visibles les acteurs de terrain : un défi majeur

L'intervention de Defismed a également mis en lumière un enjeu souvent sous-estimé : celui de la visibilité.

Les acteurs de l'écotourisme sont majoritairement de petites structures, souvent implantées dans des territoires ruraux ou périphériques. Ils disposent rarement des moyens nécessaires pour développer leur communication, accéder aux plateformes de commercialisation ou promouvoir leurs initiatives à l'échelle internationale.

Face à ce constat, plusieurs pistes ont été présentées : création de réseaux d'acteurs, développement de formations ouvertes, mobilisation des jeunes, valorisation audiovisuelle des initiatives locales et organisation d'événements permettant de faire connaître ces expériences auprès du grand public.

Au-delà des outils, un message ressort avec force : l'écotourisme ne pourra changer d'échelle que si ses acteurs apprennent à travailler collectivement.

Le rôle essentiel des réseaux internationaux

Les échanges ont également illustré toute la pertinence d'un espace de dialogue international comme celui proposé par ISTO.

En réunissant des universitaires, des associations, des professionnels du tourisme, des réseaux communautaires et des organisations de la société civile provenant de nombreux pays, le groupe de travail favorise une circulation des expériences rarement possible dans d'autres cadres.

Cette mise en réseau permet non seulement de mieux comprendre les réalités locales, mais aussi d'identifier des défis communs : définition de l'écotourisme, lutte contre le greenwashing, commercialisation des offres, gouvernance des destinations ou encore participation effective des communautés.

Les discussions ont également ouvert de nouvelles perspectives de coopération entre les membres du réseau, illustrant la capacité de d'ISTO à créer des passerelles entre initiatives locales et réflexion internationale.

Vers une vision plus complète de l'écotourisme

Au terme de cette rencontre, une conviction s'impose : opposer écotourisme et tourisme communautaire n'a sans doute plus beaucoup de sens.

Le véritable enjeu consiste plutôt à construire un écotourisme qui intègre pleinement les dimensions sociales, culturelles et économiques du développement durable.

Préserver la nature ne suffit pas si les populations locales restent à l'écart des décisions ou des bénéfices du tourisme. À l'inverse, le tourisme communautaire rappelle que la protection des patrimoines naturels est d'autant plus efficace qu'elle repose sur les femmes et les hommes qui entretiennent quotidiennement ces territoires.

Cette vision élargie de l'écotourisme rejoint les principes défendus par ISTO : promouvoir un tourisme qui conjugue protection de la biodiversité, justice sociale, participation citoyenne et développement local. Plus qu'une évolution des pratiques touristiques, c'est une évolution de notre manière de penser la relation entre les visiteurs, les territoires et les communautés qui les font vivre.

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